Alors que la dernière journée de saison régulière de Saforelle Power 6 se déroule aujourd’hui, nos Panthères sont exemptes et bénéficient d’un repos bienvenu avant de disputer la phase de Play-In pour laquelle elles sont d’ores et déjà qualifiées, sans connaître pour l’heure leur adversaire. Atman TOUBANI dresse un bilan de cette saison régulière positif et se tourne maintenant vers les phases finales historiques qui attendent ses joueuses.
La saison n’a pas toujours été simple, surtout au début, mais toi et ton staff avez toujours maintenu le cap sur l’objectif des Play-In. Aujourd’hui qu’il est atteint, quel sentiment domine ? Est-ce une forme de satisfaction personnelle d’avoir vu juste sur les capacités de l’équipe ?
Il ne peut surtout pas être question de satisfaction individuelle, car notre projet est avant tout collectif. Nous savions dès le départ que le début de saison serait compliqué, notamment avec l’absence de Sabine et le choix d’écarter une joueuse sans la remplacer. Malgré cela, nous avions fixé une ligne claire : faire progresser le projet, améliorer notre classement et continuer à valoriser notre centre de formation.
Répondre à cette double exigence — former des joueuses tout en performant au plus haut niveau — n’est jamais simple. Aujourd’hui, atteindre cet objectif représente une vraie réussite collective.
Il a fallu garder le cap, notamment après cinq défaites 3-0. Dans ces moments-là, le staff est en première ligne : critiques, remises en question, parfois même de la part de personnes proches du projet. Mais nous n’avons jamais dévié de notre trajectoire. Je constate avec satisfaction que ceux qui doutaient reconnaissent aujourd’hui que nous avons eu raison de construire dans la durée, sans céder à la panique.
Personnellement, je n’ai besoin de personne pour me remettre en question : je le fais chaque jour. Et plus on m’attaque, plus je m’accroche — mon staff est à mon image. On n’atteint jamais un objectif sans continuer à progresser. Cela fait 26 ans que je rêve, mais surtout 26 ans que nous nous battons, ensemble.
Il effectivement a fallu composer toute la saison avec un effectif réduit et plusieurs blessures. Comment as-tu avec l’ensemble du staff géré cette situation ? Et comment avez-vous maintenu la motivation et l’implication des joueuses malgré ces difficultés ?
Le staff est resté uni tout au long de la saison. Nous avons fait preuve de lucidité par rapport aux moyens dont nous disposions et nous avons su nous adapter en permanence. Notre force, c’est de rester fidèles à nos principes : donner le maximum à nos joueuses, quel que soit l’effectif. Nous travaillons toujours dans une logique de projection. Il s’agit d’investir sur le long terme, en développant d’abord les objectifs individuels de progression, pour ensuite construire une progression collective cohérente.
À haut niveau, les joueuses doivent avancer malgré les obstacles. Si tu n’avances pas, tu restes à quai. Notre rôle est donc de les accompagner pour progresser en continu, quels que soient les aléas.
Nous mettons un accent particulier sur trois dimensions essentielles : l’intelligence situationnelle, émotionnelle et sociale. Toutes nos interventions, sur le terrain comme en dehors, s’articulent autour de ces axes. C’est ce socle qui structure notre projet sportif.
L’équipe évolue au plus haut niveau français pour la 10ème saison consécutive et tu es à sa tête depuis encore plus longtemps. Comment cette expérience t’aide dans ce genre de moments où l’équipe doit faire face à l’adversité ?
Je fais partie d’un projet atypique, et mon parcours l’est tout autant. Avec le temps, nous avons vécu pratiquement toutes les situations possibles, ce qui fait qu’aujourd’hui, rien n’est laissé à l’improvisation.
Le dernier match contre Saint-Dié en est un bon exemple : nous avons réussi à amener à la fois notre adversaire et nos joueuses exactement là où nous le souhaitions. Cela passe par des choix forts : sortir certaines joueuses de leur zone de confort, en pousser d’autres dans leurs retranchements, parfois même “endormir” l’adversaire.
Ce type de stratégie comporte forcément des risques. Le match pouvait basculer dans un sens comme dans l’autre — un 3-2 attendu qui peut devenir un 3-0… ou une défaite qui m’aurait été reprochée. Mais j’assume ces choix. J’aime être là où on ne m’attend pas.
Pour moi, il faut d’abord savoir construire son chemin avant de parler de victoire. Il faut aussi accepter de perdre pour apprendre à gagner. Et surtout, le projet du club à long terme sera toujours plus important que mon propre parcours ou mon CV.
